Le texte de Pablo Ruiz, L'éponge comme solution"


Sur les premiers plans d’une vidéo réalisée pour la Bergerie – Lieu d’Art Contemporain, l’éponge à moteur fait apparaître l’incertitude. Pas l’incertitude qui engendre la confusion, mais celle qui donne le privilège de se porter dans telle direction ou dans telle autre, de se dérober à l’acceptation résignée d’une définition ou d’une fixation. Les amateurs de clichés sont donc servis, l’image est presque parfaite, qui figure l’artiste cool en nettoyeur de sol. Elle contentera pleinement ceux qui pensent célébrer, à travers Régis Perray, les noces de l’art et de la propreté. Pourtant, de la figure de l’artiste à la pratique artistique, il serait bon d’observer, ici comme ailleurs, une certaine prudence, voire une certaine défiance avant de conclure pour la énième fois à l’union de la « low culture » et de la « high culture ».


Contradiction au coeur même de toute création. Si le passage de l’éponge procure des moyens pour atteindre une essence (par retrait, par soustraction, majoritairement), ses effets pratiques doivent opérer un changement de régime dans l’espace. On trouve donc à Bourréac les éléments et les articulations essentiels d’une pratique artistique au sein de laquelle la surface tellurique et l’équivalence objective sont soutenues par un matérialisme à visée symbolique. Tension du propre et du sale, du nettoiement et du laisser-faire, mise en acte, performée dans des gestes, la pratique artistique de Régis Perray tire vers l’ontologie en épousant les formes d’un rituel au centre duquel trône l’éponge en tant que corps symbolique de la matérialité.


En passant l’éponge, Régis Perray persiste à emprunter à la fois cette ligne droite, tendue comme une corde qui se prolonge et amplifie l’exigence de ses ressources, et cette ligne sinueuse qui ne renonce ni à la familiarité ni au dépaysement. Mais comment conjuguer la rectitude et la fantaisie ? Car il ne s’agit nullement de trouver entre ces oppositions tranchées un arrangement sans éclat, sans vigueur. Il faut arriver à être en même temps rigoureux et imaginatif, concentré sans cesser d’être expansif, et significatif sans cesser d’être pluriel. Bien plus, il faut qu’en s’accomplissant simultanément, ces mouvements contraires s’équilibrent, qu’ils aient un terrain d’entente, ici le sol de la Bergerie – Lieu d’Art Contemporain, mais sans pourtant que cette entente implique quelque restriction dans l’exercice de leurs actions singulières.


« L'éponge est dans la bergerie » est une exposition dont un des propos est l’économie du signe à l’ère de sa prolifération médiatique et de sa surprésence concrète dans l’esthétique générale, sur-présence avérée dans l’actuel vocabulaire des actions que génèrent le quotidien autant que l’expression artistique. Placé devant la cruauté du monde, Régis Perray, pointe ainsi la solitude radicale des hommes. Comment atteindre l’autre ? Comment échapper à ce côtoiement infertile de tous avec tous ? Comment ne pas céder à cette information généralisée qui sépare et cloisonne ? A ces questions, Régis Perray n’apporte pas de réponse définitive mais nous offre une alternative dialectisée vers un futur en devenir. Une magnifique exposition.













 







 



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Régis Perray, L'éponge est dans la bergerie

Exposition du 16 octobre au 14 novembre 2008. La Bergerie - Lieu d'art contemporain, rue F. Jammes - 65100 Bourréac. Tél.: +33 (0)5 62 34 07 93.


Le lien vers la vidéo tournée à Nantes pour la Bergerie: http://www.labergerie-lac.com/

  Régis Perray, L'éponge est dans la bergerie
  La Bergerie, Bourréac
  16.10 - 14.11.2008

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