Communiqué de presse


Chaque année, la Ville de Thouars invite un artiste à concevoir et à réaliser une ou plusieurs oeuvres inspirées d’une réflexion sur une thématique liée au territoire du nord des Deux-Sèvres (le Pays thouarsais). Totalement libre dans la mise en oeuvre de leur projet, les artistes invités démontrent chaque fois, en acceptant les termes de la commande, qu’ils sont à même de proposer un regard nouveau et enrichissant sur les réalités qu’ils abordent et qui sont celles des habitants de cette région.


Après avoir traité du paysage, de la géologie, des pratiques sportives et de l’identité géographique au travers du thème de la cartographie, Figure imposée s’intéresse cette année à un sujet crucial, dont les enjeux actuels et à venir sont essentiels : l’habitat.


Figure imposée 7, Habiter

Alors même que l’immobilier se trouve à l’origine de la crise économique qui secoue la planète, et lorsque les impératifs environnementaux vont sans aucun doute déterminer l’avenir de la construction, s’interroger sur la fonction, la forme et les possibles de l’habitat paraissait pour le moins légitime. Cependant, comme c’est toujours le cas de la Figure imposée, il ne s’agissait pas de porter un regard documentaire ou technicien sur cette question, mais bien de développer une proposition artistique dont la dimension expérimentale et même utopique serait pleinement revendiquée. Dans le même temps, il était souhaitable d’ancrer cette “utopie” dans une réalité locale et contemporaine.


L’idée d’une maison, une utopie qui peut devenir réalité

A la frontière de l’art et de l’architecture, intégrant également la notion de paysage et donc d’aménagement du territoire, le plasticien Bruno Petremann donne à voir une idée, l’idée d’une maison autre, totalement différente et, dans une certaine mesure, à rebours de ce qui est pratiqué très majoritairement en matière de construction et d’habitat. Sa proposition émane d’une année d’observation et de compréhension du territoire du Pays thouarsais et débouche sur une solution d’habitation qui, une fois présentée sous sa forme structurelle et conceptuelle à la Chapelle Jeanne d’Arc, a vocation à être développée par des professionnels de l’architecture et du bâtiment pour devenir une véritable maison qu’on baptiserait ”la Thouarsaise”. On est donc là parfaitement à la frontière de l’art et de l’architecture, de l’imagination et du réel, selon un principe que développe depuis plusieurs années, au travers de sa programmation, le Centre d’art la Chapelle Jeanne d’Arc.


Une tension du paysage

La proposition de Bruno Petremann, qui est déclinée à la Chapelle Jeanne d’Arc au moyen de maquettes de différentes échelles, qui sont aussi des sculptures, et d’images numériques, se fonde initialement sur une tension qu’il a observée dans le paysage entre un patrimoine bâti ancien et les formes d’une technicité et d’une modernité liées à l’activité économique, principalement l’agriculture. On retrouve d’ailleurs cette tension dans certaines zones de la ville de Thouars ou aux alentours d’Argenton les Vallées ou de Saint-Varent. L’occupation très dispersée de l’espace, un espace vaste, dilaté, souvent vide de constructions à l’exception d’équipements agricoles (silos, réservoirs, engins, bâches recouvrant les tas de paille, “mers” de films plastiques enveloppant les champs de melons) et de petits regroupements d’habitations, principalement en pierre ou en béton, participe également de cette tension.


C’est donc ainsi, pour résumer, que Bruno Petremann a noté combien, au delà d’un pittoresque rural, affleuraient une technicité et une modernité qui marquent fortement le paysage, technicité et modernité qu’il intègre pleinement à son projet d’habitation.


Il résulte de ces observations, dont la richesse et la complexité vont au delà de ce résumé, une proposition d’habitatd’une grande adaptabilité, propre à épouser avec humilité le paysage, sans toutefois adopter les codes de la construction, mobile, nomade, légère, prenant en compte à la fois des données formelles et sociales, mais aussi des impératifs écologiques tels que la gestion de l’eau puisque la “maison” de Bruno Petremann intègre une réservoir d’eau. C’est à une façon autre d’habiter qu’il nous invite, en rupture avec des habitudes qui sont tellement ancrées en nous qu’elles nous paraissent incontournables.

Cette expérience artistique est aussi le regard d’un artiste sur notre quotidien et sur son futur. Entre sculpture et architecture, maquettes et objets comme issus du design industriel, le travail de Bruno Petremann dégage les processus et les enjeux à l‘oeuvre dans la conception et la fabrication des objets qui composent notre environnement domestique ainsi que dans la construction des espaces et des architectures dans lesquels nous évoluons quotidiennement.

Critique face aux productions (quelles soient industrielles ou culturelles) d‘une société aujourd’hui marchande avant tout, son travail évoque l’uniformisation et la standardisation qui gagnent l’ensemble de notre environnement et qui profilent un univers synthétique et satiné, issu d’une esthétique de custom (de carrosserie) et de packaging (d’emballage) s’appliquant indifféremment à toute chose : du paysage à la voiture, de l’habitat au jouet de construction.




















 







 



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Bruno Petremann, Habiter

Exposition du 15 novembre au 31 décembre 2008. Centre d'art La Chapelle Jeanne d'Arc, rue du Jeu de Paume - 79100 Thouars. Tél.: +33 (0)5 49 66 02 25. Ouverture tous les jours sauf le lundi de 14h à 18h. Entrée libre.


  Bruno Petremann, Habiter
  La Chapelle Jeanne d’Arc, Thouars
 15.11- 31.12.2008

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